Dune Imperium : Précieux comme l’épice
Si l’épice ne cesse de couler depuis 1965, la licence DUNE suscite un regain d’intérêt depuis le tournage du film de Denis VILLENEUVE, commencé en 2019.
Pour accompagner la sortie du long-métrage, divers produits dérivés ont été conçus, dont le jeu de société DUNE : IMPERIUM. On pouvait nourrir des craintes quant à la qualité du jeu, car il n’est pas rare que ce type d’adaptation soit guidé par des priorités 100% mercantiles. Pourtant, Dune : Imperium n’est pas seulement l’un des produits les plus réussis dans cet univers, mais aussi l’un des meilleurs jeux de société de ces dernières années. Et nul besoin de connaître cette licence pour apprécier pleinement le titre.
En campagne pour Arrakis
Endossant le rôle d’un des leaders emblématiques de Dune, les joueurs s’affrontent pour le contrôle de la planète Arrakis et de sa précieuse épice. Ressource exceptionnelle, il se dit que qui contrôle l’épice contrôle l’univers, attirant de ce fait les plus grands dirigeants de l’univers connu et pas les plus scrupuleux. Au programme de cette lutte sans merci : Influence auprès des factions locales, course à l’économie et guerres militaires. Mêlant des mécaniques de pose d’ouvriers, de deck-building et de gestion de ressources, Dune : Imperium offre une expérience de jeu stratégique savoureuse et sous haute tension, où intrigues, bluff et complots viennent épicer le conflit.
Du matériel de qualité.
Dune : Imperium surprend dès l’ouverture de la boîte. En effet, si le jeu offre une quantité appréciable de contenu, ce dernier est d’excellente facture. Des cartes aux jetons, les concepteurs ont opté pour un ensemble épais et robuste, agréable à manipuler, et du plus bel effet sur la table. Même constat pour le plateau de jeu, évidemment monté et en mesure de résister à l’épreuve du temps. Le travail artistique n’est pas en reste, thématique à souhait et d’une clarté exemplaire. Entre autres, le code couleur aux tonalités sombres, donnant au visuel un aspect élégant.

Jetons Solari, Épice et Eau, monnaies d’échange sur Arrakis.
La bataille est menée sur plusieurs fronts
C’est donc une véritable course sur plusieurs plans qui vous attend pour la conquête d’Arrakis.
Déroulement d'un tour de jeu
Une boucle au final simple et accessible, dont la richesse viendra de la liberté offerte aux joueurs.
Une course au positionnement

L'organisation du plateau de jeu
Arrakis est constituée de 22 lieux stratégiques, divisés en 8 secteurs :
Les 4 derniers secteurs correspondent aux principales factions de Dune. Fremen, Bene Gesserit, Guilde spatiale et Empereur. Y placer des agents octroie également différents bonus, mais augmente surtout notre influence auprès de ladite faction. Utiles dans certaines situations, c’est surtout pour les points de victoire apportés par ces alliances que les joueront chercheront à améliorer leurs relations. 10 points de victoire sont nécessaires pour gagner la partie et la diplomatie peut en apporter 8, devenant de fait un aspect majeur du jeu.

Le secteur Fremen
À défaut de pouvoir placer deux agents sur un même endroit, les joueurs jouent donc des coudes pour s’installer sur les lieux convoités par soi-même… ou par les autres. Mais pour cela, faut-il encore en avoir la possibilité. Comme indiqué précédemment, les choix de positionnement dépendent des cartes en votre possession. Certaines offriront un large choix de secteurs, d’autres un seul. Ainsi entre en scène la mécanique de deck-building.
La nécessité d’avoir les cartes en main
Tous les joueurs commencent avec un deck identique de 10 cartes, au préalable mélangé. Au premier tour, chaque joueur y piochera 5 cartes pour former sa main, créant ainsi un début de disparité. Deux serviront pour placer les agents, puis les trois autres seront utilisées lors de la phase de révélation. Au prochain tour, le joueur piochera de nouveau cinq cartes de son deck et ainsi de suite.

La carte Légion Sardaukar, qui coûte 5 points de persuasion,
permet de placer un agent sur les lieux verts ou Empereur.
Placer un agent recrute également 2 troupes (les cubes),
sinon vous gagnerez lors de la phase de révélation 1 point
de persuasion et la possibilité de déployer 3 troupes dans
le conflit.
Ici le deckbuilding est minimaliste dans son approche. Les joueurs achètent peu de cartes et ne développent pas de grands decks comme dans d’autres jeux du genre. Il est donc nécessaire de savoir optimiser sa main et de planifier aux mieux ses actions, car elles sont toutes impactantes. L’autre intérêt du deck-building réside cependant dans la mise en place d’informations cachées aux autres. Nos adversaires ne connaissent pas notre main et donc nos possibilités ou nos contraintes, générant ainsi un brouillard informationnel qui participe pour beaucoup à l’ambiance opaque du titre. Jeu de bluff, Dune : Imperium ? Totalement, et d’autant plus si vous investissez dans des cartes intrigues.
Méfiez-vous des autres, jusqu’à la toute fin
Les cartes intrigues se gagnent via des récompenses de conflit, ou plus généralement en posant des agents sur des lieux spécifiques. Ces cartes sont capables d’influencer une bataille (intrigues de combat) comme la partie en général (complots). Certaines ajouteront des forces conséquentes à une bataille, quand d’autres vous feront vous replier pour économiser votre armée. D’autres encore viendront chambouler le jeu de vos adversaires. Plus rares, certaines poussent le vice jusqu’à n’être activées qu’à la fin de la partie, généralement pour couper l’herbe sous le pied d’un adversaire et lui passer devant au score.
De bien belles intrigues !
Un rapport de force à chaque tour
Le système de combat est simple, mais bien ficelé.
L’espace du plateau prévu à cet effet comprend deux types de zones : les garnisons (une par joueur) et la zone de guerre. En vous plaçant sur des lieux de recrutement, vous gagnez des troupes qui atterrissent dans votre garnison. En allant sur des champs de bataille, lieux avec le symbole des deux épées, vous pouvez engager un nombre limité de soldats de votre garnison vers la zone de guerre. En parallèle, les joueurs peuvent obtenir des renforts en jouant des cartes intrigues ou lors de la phase de révélation.
En fin de tour, le joueur avec le plus de points de force est déclaré vainqueur et gagne la plus haute récompense. Les 2e et 3e joueurs obtiennent des gains plus modestes, et le dernier joueur rien.
Les unités engagées lors d’un combat sont ensuite détruites, contrairement aux troupes en garnison. Veillez donc à partir au combat si le jeu en vaut la chandelle, autrement préservez vos forces pour un futur conflit plus alléchant.

Avec un cube en plus le joueur jaune pensait gagner,
mais le rouge avait plus d’un tour dans son sac.
Une compétition serrée
À moins d’un écart de niveau terrifiant entre les joueurs, les parties de Dune : Imperium sont toujours serrées. Pour cause, les dix petits points (PV) nécessaires à la victoire, mais aussi les différents moyens à contribution pour influer sur le score :
Ces quatre sources de PV sont visibles aux yeux de tous les joueurs, qui vont se chercher des noises pour prendre un quelconque ascendant. Et si un joueur se focalise sur un plan, un autre en profitera pour s’engouffrer dans un autre, contribuant ainsi à faire évoluer tout le monde de façon à peu près équitable. Il existe cependant un dernier moyen, plus sournois, d’augmenter son score. Les cartes intrigues, cachées jusqu’au moment opportun, donnent parfois des PV. Outil puissant et quelque peu porté par la chance, mais qui nécessite un plus gros investissement de la part du joueur, contraint de délaisser d’autres zones ou aspects du jeu. Malgré des apparences trompeuses lors des premières parties, où un biais cognitif pointe du doigt une éventuelle surpuissance des cartes intrigues, Dune : Imperium est en réalité un jeu bien équilibré.
Excellent à plusieurs… mais aussi en solo !
Le jeu intègre de base un système solo à la fois simple et efficace, régi par un deck spécial. Au tour de chaque bot, le joueur tire une carte qui indiquera le lieu où placer un agent. Faisant fi de certaines règles, l’automa agit à la fois en obstacle et en redoutable adversaire capable de marquer rapidement des points, notamment grâce à l’obtention de ressources. À vous de jouer pour les marquer plus rapidement que lui, quitte à devoir contrecarrer ses « plans » comme vous le feriez avec un joueur humain. Les joueurs ne souhaitant pas gérer ce deck ont aussi la possibilité de télécharger Dune Imperium Compendium, une application mobile gratuite qui s’en charge à leur place,. L’illusion est satisfaisante. Les bots amassent des ressources, jouent la course à l’influence et partent en guerre d’une façon bien naturelle au vu de la simplicité du processus.
Extensions et stand-alone
Dune : Imperium est suffisamment réussi pour avoir obtenu de nombreux prix, mais l’expérience n’en est que meilleure avec les extensions. L’avènement d’Ix, extension phare, est reconnue comme quasi indispensable par les fans tant elle élève le jeu sur tous les plans et ouvre davantage le champ stratégique. Immortalité ajoute de son côté un module de recherche scientifique et d’amélioration génétique. Son ajout est souvent recommandé, mais après l’avènement de Ix.
Pour accompagner la sortie en salle de la partie 2 du film de Villeneuve, une variante du jeu de base appelée Uprising vient de sortir. En anglais seulement à ce jour, mais la version française nommée Dune Insurrection sort en juin 2024, elle propose avec les mêmes bases une expérience équilibrée différemment en raison d’un plateau de jeu modifié et de l’ajout des espions. Ni moins bonne ni meilleure que le jeu original avec ses extensions, elle est appréciée par les fans en quête de variété, mais n’est pas nécessairement un meilleur choix pour les nouveaux joueurs. Inutile donc d’attendre cette nouvelle version pour vous lancer à la conquête de la planète Arrakis.
Une ressource aussi précieuse que l’épice
Dynamique et profond, Dune : Imperium s’impose en excellent jeu de stratégie et mérite sa 6e place (en février 2024) au classement Boardgamegeek des meilleurs jeux de société. Sa forte thématique couplée à ses mécaniques hybrides et parfaitement imbriquées font de chaque partie une irrésistible lutte de pouvoir. De complexité modérée, il reste pourtant accessible et peut convenir à une soirée avec des amis moins passionnés qui apprécieront les scores serrés et l’ambiance qui s’en dégage. Vous perdrez peut-être un ami ou deux en leur soufflant la victoire sous le nez, mais peu importe, l’épice sera votre.
