J'accepte

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous devez accepter l’utilisation et l'écriture de Cookies sur votre appareil connecté. Ces Cookies (petits fichiers texte) permettent de suivre votre navigation, actualiser votre panier, vous reconnaitre lors de votre prochaine visite et sécuriser votre connexion.

Onus Traianus : Le wargame qui joue cartes sur table

Sommaire

Onus Traianus : Le wargame qui joue cartes sur table

Le wargame avec figurines est une branche du wargaming aux antipodes du traditionnel « hex and counter ». S’il se focalise sur l’échelle tactique, il est surtout réputé plus récréatif et esthétique que ce dernier, la table regorgeant de figurines et décors en 3D, souvent peints à la main par le propriétaire. Il nécessite cependant un investissement plus important de la part du joueur. Financièrement déjà, au vu du matériel sur la table, mais aussi en énergie, pour peindre ses modèles, et en espace dans la maison.

C’est ici qu’intervient le système ONUS! dont l’objectif est de reproduire les sensations du wargame avec figurines, sans les contraintes de ce dernier. La solution, remplacer les modèles 3D par des cartes. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le pari est réussi : moins de 60€ la boîte de la taille d’un jeu de société, pas de figurine à peindre et des parties entre une et deux heures. ONUS! promet également une belle profondeur de jeu régie par des règles simples, point ô combien important pour faire découvrir notre loisir souvent intimidant à de nouveaux joueurs ou à des candidats plus jeunes. Découvrons plus en détail ce sympathique système.

 

Onus Trajanus : l'armée romaine se déploie

 

Une attache historique appréciable

ONUS! Traianus se concentre autour des batailles menées par l’Empire Romain aux Ier et IIe siècles, sous les règnes de Trajan et Hadrien. 8 armées sont incluses :

  •      - L’Empire romain
  •      - Les auxiliaires romains
  •      - Les Bretons insulaires
  •      - Les Daces
  •      - Les Germains
  •      - Les Parthes
  •      - Les mercenaires
  •      - Les Sarmates

À moins d’être un passionné d’histoire, il est probable que ces armées ne vous disent rien. Pas d’inquiétude, cela n’a aucune incidence en jeu et ajoute au contraire une diversité appréciable. Les joueurs désireux de contrôler les armées des Empires les plus connus peuvent cependant les trouver sous forme de packs et decks additionnels. Ainsi, Carthage, Grecs, Perses ou Macédoniens rejoignent la partie pour une douzaine d’euros chacun (et une quarantaine d’unités par deck).

Jouable de 1 à 6 joueurs, ONUS! Traianus simule près de 40 batailles historiques, incluses dans le manuel de campagne. Le système permet également de s’affronter autour de conflits personnalisés et, si votre table le permet, colossaux. En effet, si ONUS! réduit drastiquement l’espace nécessaire pour un wargame de ce type, il faut tout de même prévoir un minimum de place pour offrir de la liberté de mouvement lors des batailles imposantes. Prévoyez à minima un support de 1m de long sur 80cm de large, mais plus vous avez et mieux ce sera.

À moins de jouer un scénario historique, aux conditions de victoire bien définies, ces dernières sont librement actées par les joueurs. Les options les courantes restent l’élimination à plus de 50% des effectifs d’un camp, la mort du général, ou l’annihilation totale d’une des deux armées.

Épisode stand alone, Traianus reste compatible avec les autres volets et extensions de la série, dont le module Terrain et Forteresses qui ajoute des environnements, eux aussi sous forme de cartes.

Onus Traianus : les cavaliers daces sont placés en arrière de l'infanterie

Point matériel

La transition des modèles 3D vers de simples cartes peut naturellement susciter des craintes quant à l’esthétique de l’ensemble. Pourtant, le parti pris artistique fait mouche. Les illustrations cartoon et la palette de couleurs choisie nous immergent dans l’ambiance d’une guerre de figurines et font oublier dans la mesure du raisonnable ce changement.

Une note enthousiaste sur les différents manuels, qui sont un régal à feuilleter. Conçus avec du papier de bonne qualité, ils sont épais, esthétiques et agréables à manipuler, avec une mention spéciale pour le livret de campagne qui est un véritable bouquin. À l’intérieur, l’ensemble est aéré et largement illustré, pour un rendu et une lisibilité remarquables. Pour avoir pratiqué des dizaines de jeux de sociétés et wargames, c’est la première fois qu’un manuel me surprend de la sorte. Les amateurs d’histoire apprécieront en outre le descriptif des batailles, addition toujours agréable pour l’immersion comme pour sa culture personnelle.

Enfin, la boîte comprend un insert bien conçu, qui facilite le rangement et prévoit l’ajout de decks additionnels.

 

Onus Traianus : les manuels de jeu

Onus Traianus : le scénario opposant romains et dace                   

Au cœur du système

Anatomie d’un fantassin

ONUS! propose aux joueurs un éventail appréciable d’unités, que l’on peut regrouper en quatre catégories :

  •      - Infanterie légère
  •      - Unités d’attaque à distance
  •      - Infanterie lourde
  •      - Unités montées

Des unités spéciales, de siège par exemple, viennent ensuite compléter l’ensemble.

Onus Traianus : les dromadaires blindés sont de sortie !


Une carte se présente ainsi :

Formée de 8 sections, soit un quadrillage de 4 x 2, ces dernières simulent la présence de plusieurs fantassins dans l’unité, dont certains ne seront pas engagés dans le combat. Ces sections sont le cœur même des attaques de flanc ou à revers. Elles indiquent le nombre de dés engagés par l’unité lors d’un affrontement ainsi que les modificateurs à appliquer aux lancers.

Sur le bandeau sont présents, de gauche à droite : le coût de l’unité, ses valeurs d’attaque de mêlée puis à distance, ses points de défense, son moral, ses points de vie puis ses capacités de mouvement. Les valeurs d’attaque et de défense comprennent deux chiffres, utilisés respectivement pour la phase de « touche » puis celle de « dégâts ».

Enfin, les icônes colorées représentent les capacités spéciales de l’unité. Le jeu en intègre une dizaine, offrant généralement des modificateurs de dés (ex : la compétence lancier offre +1 face à une unité montée).


Viennent ensuite les généraux, qui apportent un soutien sur le champ de bataille à travers différents bonus et une augmentation du moral des troupes. Le général est intégré à l’unité de son choix et doit se trouver à proximité des troupes pour influencer sur elles. Mais faites-le combattre à vos risques et périls, car sa mort entraîne, en plus de la perte de ses bonus, un malus permanent à toute votre armée voire la défaite immédiate.

Onus Traianus : les leaders jouent un rôle prépondérant

Déroulement d’un tour

Un tour de ONUS! se divise en 5 étapes principales, toutes jouées par le même joueur avant de passer la main à son adversaire.

  1. Activation d’une à plusieurs cartes (unités, effets)
  2. Phase de mouvement
  3. Attaques à distance
  4. Combats de mêlée
  5. Fuite et vérification du moral

Onus Traianus : les cartes événements sont au coeur du jeu

ONUS! utilise un système d’activation des unités par carte, où le joueur utilise autant de cartes que souhaité pour sélectionner les unités actives du tour. La qualité des effets est variable, certaines proposeront de jouer une seule unité alors que d’autres en activeront plusieurs. D’autres encore proposeront des effets différents, par exemple de soin ou d’augmentation du moral des troupes. Globalement, les activations sont très limitées et nécessitent de faire des choix, à la façon d’un Command & Colours. Vous ne contrôlerez ainsi qu’une infime partie de votre armée à chaque tour. Cet aléa agit en contrainte avec pour but de simuler le chaos des combats de l’époque. Le joueur piochera à la fin du tour une seule carte, sauf s’il décide de réaliser un tour passif, lui permettant de compléter sa main. Le jeu requiert par conséquent une bonne planification et gestion de main.

Après avoir marqué les unités éligibles de ce tour, la phase de mouvement débute. Plusieurs options s’offrent au joueur : déplacement, rotation, charge, mouvements spéciaux et formations. Faute de plateau de jeu quadrillé, ONUS! autorise le mouvement libre et utilise une unité de distance maison. Pour ce faire, il met à la disposition des joueurs des réglettes fort pratiques, permettant d’effectuer avec précision les mouvements jusqu’à épuisement du capital de chaque unité. À titre d’exemple, prenons des fantassins avec 3 points de mouvement. J’en utilise 0.5 pour me décaler, 1 pour pivoter, puis 1.5 pour avancer.

Onus Traianus : le jeu de figurines, sans figurines !

Le joueur garde ensuite la réglette en main pour la phase d’attaques à distance. Selon le gap entre l’attaquant et sa cible, à savoir si l’attaque est proche ou lointaine, les chances de toucher diffèrent. Dans ONUS!, les attaques de tous types commencent par un lancer de dés pour vérifier le nombre de coups ou de tirs qui atteignent leur cible. Selon le résultat obtenu, un second lancer calculera les dommages occasionnés. Option à la fois immersive et créatrice de hasard, à chaque attaque une carte évènement peut être tirée. Vent qui dévie les flèches, brouillard… j’ai une préférence pour jouer sans, allégeant ainsi le calcul mental et la part de hasard déjà bien présente, mais l’option existe.

Phase optionnelle, mais fort utile, les unités possédant le trait « skirmisher » ont la capacité de diviser leurs points de mouvement pour se déplacer à nouveau après une attaque à distance.

Onus Traianus : les épéistes daces sont en fâcheuse position

Lorsque les flèches se sont abattues sur l’ennemi et que les javelots ont été lancés, la phase de mêlée commence et suit un procédé similaire à l’étape précédente. Différence majeure, les unités au corps à corps restent coincées dans la bataille pour les tours suivants, jusqu’à la fuite ou la mort du camp d’en face. Elles ne seront donc pas en mesure de se déplacer lors de la prochaine phase de mouvement, créant ainsi de gros blocs immobiles autour desquels manœuvrer pour facilement attaquer l’ennemi à revers ou de flanc.

Le tour se termine par la phase de fuite des unités dispersées, au moral détruit, puis par la vérification de leur moral, indiquant si les soldats peuvent repartir au combat ou s’ils continuent leur course folle, s’éloignant du champ de bataille.

 

Variables et modificateurs

Le déroulé du jeu est aussi simple que cela, économisant l’énergie mentale des joueurs suffisamment mise à contribution pour les décisions tactiques et la résolution des combats. J’omets ici les détails plus techniques tels que les formations ou les charges, l’ensemble restant globalement intuitif. Ceci dit, il y a tout de même une certaine gymnastique mentale pour les résultats de chaque lancer de dés. Entre les caractéristiques des unités, les compétences sous forme d’icônes à apprendre ou feuilleter sur le manuel et les différents modificateurs à ajouter, l’exercice ne fera pas grincer des dents le wargamer habitué, mais peut surprendre un public nouveau. Ci-dessous un exemple de combat, légèrement déséquilibré en ma faveur, où ma garde Prétorienne attaque partiellement de flanc des paysans lanciers Daces :

Onus Traianus : gardes prétoriens contre paysans pris de flanc : un massacre annoncé

La moitié de mon unité, soit deux sections sur les quatre de devant, prend les Daces de flanc (cf. les flèches blanches). Quatre sections étant engagées, les joueurs jetteront tous les deux quatre dés. La carte évènement tirée n’apporte rien, je l’écarte du jeu. Mon adversaire décide cependant de jouer une carte de sa main (la partie inférieure de la carte, en bleu) lui octroyant un bonus en esquive, défense et moral.

Le combat ici est considéré simultané, les blessures seront donc ajoutées après que chaque joueur ait attaqué.

Je commence par un lancer pour vérifier le nombre d’attaques touchant la cible : 1 – 6 – 2 – 5. Le 1 est normalement considéré comme un échec immédiat, mais grâce à la compétence Professionnels des gardes prétoriens je peux relancer un dé de mon choix une fois dans le combat. Le 1 devient 4. J’y ajoute les 3 points d’attaque « to hit », soit 3, pour un résultat final de 7 9 5 8. Le défenseur possède 4 de points d’esquive, mais a joué une de ses cartes qui lui procure +1. Il a en revanche deux sections prises de flanc, soit un malus de 2 pour un nombre final de 3. Mes quatre lancers étant supérieurs à 3, ils font tous mouche.

Je relance cette fois le nombre de dés ayant touché, ici 4. Le résultat est médiocre : 1 3 1 2. Les 1 sont des échecs immédiats, il me reste donc 3 et 2, auxquels j’ajoute mes 4 points d’attaque pour obtenir 7 et 6. Je compare cette fois le résultat aux 5 points de défense des paysans daces, +1 de la carte et -2 de malus de flanc, soit 4 points de défense au total. Le delta est de 3 et 2, j’occasionne par conséquent 5 blessures à mon adversaire. Ce dernier possédant 6 de vie, il sera lourdement endommagé, mais pas détruit.

C’est au tour de mon adversaire.

Ses premiers lancers donnent 6 2 2 5, +2 de points d’attaque « to hit », soit 6 4 4 7. À l’inverse du 1, le 6 est une touche automatique, nul besoin d’y ajouter de modificateur. Possédant 5 points d’esquive, je serai touché à deux reprises.

Le second lancer donne 5 et 2, +2 d’attaque : 7 et 4. Mes gardes sont résistants, 8 d’armure, les attaques seront donc futiles.

Après avoir mis sur l’unité les marqueurs de blessure, le joueur le plus endommagé par le combat fait un test de moral. Le dé est un 3, que l’on compare au moral de 6 de l’unité +2 de la carte action jouée en début de combat. Le résultat est inférieur et l’unité reste donc en place. Autrement, son moral serait brisé et l’unité aurait fui, errant dans le champ de bataille à la recherche d’une échappatoire.

Au prochain tour, les blessures ajouteront de lourds malus d’attaque à l’unité qui périra forcément.

Onus Traianus : un tableau récapitulatif très complet

Cette gymnastique mentale est omniprésente et il est nécessaire d’être à l’aise avec pour pouvoir profiter pleinement du jeu. Mais c’est aussi grâce aux différents modificateurs que le jeu gagne en profondeur et en réalisme. Vos cavaliers peuvent charger avec une formation en pointe, vos fantassins opter pour une formation étendue qui englobera l’adversaire… Vos manœuvres sont récompensées et une fois le système pris en main, ce dernier présente un aspect tactique ludique et poussé qui n’a rien à envier aux wargames plus complexes.

ONUS! se veut être un système simple, mais il reste un wargame. Bien qu’aéré et lourdement illustré, le livret de règles pèse une cinquantaine de pages que le joueur se doit de connaître un minimum pour ne pas casser le rythme de la partie. Des aides de jeu sous forme de petites cartes ou résumés sont cependant incluses pour faciliter l’apprentissage, rappeler le sens des icônes et réduire autant que se peut les allers-retours vers le manuel.

Jouable en solitaire ?

ONUS! Traianus intègre un livret de règles pour le jeu en solo, bien qu’il soit jouable facilement en contrôlant les deux camps. Si on peut saluer le travail des concepteurs pour proposer un système complet, le résultat en jeu me paraît cependant fastidieux et je préfère piocher des éléments pour me faire une expérience à la carte. ONUS! reste toutefois peu adapté au jeu solo. Entre les calculs à effectuer pour chaque camp, les manipulations omniprésentes et la réflexion tactique difficile à cacher à soi-même, il ne sera apprécié en solitaire que par ceux ayant du temps devant eux et une bonne capacité à « oublier » la stratégie de l’autre camp.

Audentes fortuna iuvat

S’il n’a pas vocation à remplacer le wargame avec figurines, ONUS! fait figure d’alternative sympathique, réussissant à capturer l’essence du genre avec une solution à moindre coût. Ce concept audacieux fonctionne et réussit à nous plonger, malgré l’absence de modèles 3D, dans une véritable bataille de figurines, avec ses codes et son ambiance particulière. Ses règles simples permettent de plus une assimilation rapide des mécaniques, le jeu peut donc servir auprès d’un nouveau public. Reste cet exercice mathématique, qui demande un certain effort. Mais sans lui, les batailles n’auraient pas la même saveur.

Note : Le jeu est disponible seulement en anglais ou en espagnol. Si une aisance avec la langue de nos rivaux favoris reste préférable, un fan a traduit les règles et aides de jeu, disponibles sur le forum BGG.

 

Fiche technique :
Auteur : Luis Álvaro Hernández
Éditeur : Draco Ideas
Pour 1 à 4 joueurs, de 12 ans et plus
Durée usuelle d'une partie : de 30 à 120 min
 
Categories: Wargame
Max

Passionné par l’univers des wargames et jeux de stratégie, j'étais initialement un joueur sur PC mais j'apprécie de plus en plus l’élégance et le côté tactile du jeu sur table, qui occupe désormais la majorité de mon temps de jeu.

Jeu PC favori : Combat Mission

Jeu de société favori : Spirit Island