Let’s Go ! to Japan, c’est saké écrit sur la boîte
Entre tradition et modernité - comme dirait Stéphane Bern - le Japon a toujours été un pays nimbé de mystère, dont l’aura culturelle attire chaque année une cohorte de touristes barbus en short et chemise hawaïenne, appareil photo autour du cou et trop content de pouvoir sortir à tout va des « cons-nichons-ah » avec un rire gras (merci Luc Besson pour le traumatisme culturel sur toute une génération, pour ceux qui n’ont pas la ref: vous avez la chance de n’avoir jamais vu Taxi - continuez comme ça).
Mais comme dirait mon pote Gégé quand on se retrouve dans un camping avec une bonne bouteille de rouge et pas de tire-bouchon : « un voyage, ça se prépare », faute de quoi notre touriste imaginaire fan de Bernard Farcy sera très vite perdu devant la multitude de l’offre touristique de ce pays merveilleux, incapable d’effectuer un choix, et passera sa semaine dans l’aéroport, couché en position latérale de sécurité, pleurant devant l’injustice de la vie, comme moi dans un magasin de jeux avec un budget limité.
Passé ces visions caricaturales, ces jeux de mots douteux et ces phrases trop longues, parlons de Let’s Go ! to Japan, dont la raison d’être est justement de préparer ce voyage.

La boîte (baguettes for scale).
Mise en place : 5 minutes douche comprise.
Let’s Go ! to Japan est un jeu de Josh Wood qui a déjà à son actif d’avoir été développeur sur de belles références comme Les Petites bourgades ou La guilde des expéditions marchandes, et designer sur les plus obscurs Santa Monica ou Cat Lady. Il est rigolo de noter que le jeu a été réfléchi pendant la pandémie, alors que l’auteur devait justement partir au Japon avec sa femme après avoir soigneusement préparé son voyage.
Mécaniquement un jeu nippon ni mauvais (non, en vrai il est bon)
Et préparer son voyage, c’est tout le sel de Let’s Go ! to Japan - dont nous pouvons remercier la maison d’édition de n’avoir pas traduit le titre (« Allons au Japon » ça rend quand même beaucoup moins bien, et ça envoie autant de force que quand je dis à mon pote Gégé « allons au bistrot du camping »)
Dans Let’s Go ! to Japan donc, vous allez programmer votre voyage qui durera 6 jours, entre Tokyo et Kyoto, en planifiant 3 activités par jour. Pour ce faire vous allez drafter des cartes, les poser dans la semaine les unes par-dessus les autres et, paf, on compte les points.
Même si techniquement on pourrait le jouer comme ça, il va y avoir plusieurs choses à regarder avant de poser votre carte n’importe comment.

Mise en place pour une partie à 3 joueurs.
Tout d’abord, chaque jour se voit affréter en début de partie un type d’activités particulières. Que ce soit gastronomique, nature ou shopping par exemple, il faudra faire attention à poser l’activité qui a le symbole correspondant le bon jour, histoire de pouvoir s’octroyer des bonus quand la journée est remplie, bonus comme pouvoir se payer une activité supplémentaire dans la journée ou encore un tour de train gratos.

Après tirage au sort on voit que pour cette partie
il serait judicieux de privilégier les activités nature
le lundi, shopping le mardi, les dégustations locales
le mercredi, etc...
Pourquoi un tour de train ? Parce que les activités ont lieu soient à Tokyo soit à Kyoto (je l’ai déjà dit en plus, suivez un peu) et que pour aller d’une ville à une autre vous allez pouvoir prendre le fameux Shinkansen (équivalent du TGV français sans les retards ni les grèves) si vous avez le petit bonus, et sinon des trains un peu plus lambda qui sont beaucoup moins cool, mais aussi vont vous enlever des points de victoire. Donc mieux vaut éviter les allers-retours dans la journée, déjà c’est fatigant, et en plus ce n’est pas bon pour la planète.

Après une visite du musée de l’animé de Tokyo,
quoi de plus logique que de faire 3 heures de train
pour enchaîner sur la visite du musée du manga de Kyoto ?
De plus (pour rappel on est toujours dans la partie où je vous explique pourquoi il ne faut pas placer les cartes n’importe comment) la dernière activité de la journée, donc la carte dont la partie du bas sera visible (parce que pour chaque jour on les pose les unes par-dessus les autres) peut vous rapporter des points supplémentaires en fin de partie si vous avez les symboles correspondants. Attention toutefois, le comptage des points n’intervient qu’en toute fin de partie, et les symboles comptabilisés sont uniquement ceux présents AVANT l’activité.

Pour avoir nos 8 points de victoire supplémentaires
grâce à l’activité de fin de journée « Trouvez un manga rare »,
il fallâsse que nous eussions 3 symboles shopping sur
les journées du lundi et mardi (ça tombe bien c’est le cas).
Les symboles des jours suivants ne sont pas pris en compte.
Enfin, il y a aussi une petite course rigolote si vous enchaînez les activités stressantes et/ou chères, ou à l’inverse reposantes et/ou pas chères, et suivant l’ordre dans lesquelles vous enchaînez ces activités ça peut changer vos points de victoires en fin de partie.

Des activités reposantes et pas chères,
comme prendre des bains à poil,
seront bénéfiques pour vos points de
victoires. Attention, ce n’est pas valable
pour tous les jeux de société.
Ramen moi la bonne carte sinon il va y avoir un sushi.
On est donc dans un jeu de draft de cartes avec de la collection de symboles, mais à faire de manière ordonnée, quelque chose comme un mix entre It’s a wonderful world et Faraway, et autant casser le suspense tout de suite ça tourne plutôt très bien.
Si au début le jeu peut paraître un poil plat (je pioche 2 cartes, j’en pose une, j’en passe une à mon voisin), au fur et à mesure que la partie avance et que les journées se remplissent les choix vont être de plus en plus compliqués à faire, tiraillés entre le besoin de symboles pour décrocher les bonus sur une journée, la volonté d’éviter les allers-retours Tokyo-Kyoto et le choix du fameux bonus de fin de journée.
Les cartes vont elles être piochées depuis des decks, mais les cartes non retenues iront dans la future pioche des camarades touristes, donc qui pourraient potentiellement les intéresser, eux. Et même si le jeu à plutôt vocation à tourner en faussement compétitif - chaque joueur faisant au final son petit puzzle dans son coin - ceux qui veulent vraiment la victoire regarderont quand même à 2 fois avant de défausser une carte chez un concurrent.
La victoire se joue justement selon plusieurs aspects déjà évoqués : des points bruts pour les activités, des points si on débloque l’activité de fin de journée, des points en plus ou en moins si on a accumulé trop d’activités « néfastes » (chères et/ou stressante) ou « bénéfique » (peuchèreu et/ou calme) et enfin des points débloqués par nombre de symboles pour chaque type d’activités. Dit comme ça, ça ressemble à une salade de points, mais le tout est au final assez simple.

À quoi va ressembler votre voyage en fin de partie.
Ici, l’auteur marque 112 points, ce qui est bien, mais pas top.
Ne nous le cachons pas, on est dans un jeu familial, je parlais préalablement d’un mix entre It’s a wonderful world et Faraway, mais Let’s Go ! to Japan est pour moi moins compliqué que ces 2 jeux. Ceux qui chercheront un jeu plus complexe pourront passer leurs chemins, ceux qui chercheraient un jeu pour jouer en famille, facile à sortir et à expliquer, et au temps de jeu court (compter une petite demi-heure) s’arrêteront ici, l’œil curieux.
Pour ne rien gâcher, le thème est tout sauf plaqué, on a bien l’impression de préparer un voyage, les cartes sont jolies (bien qu’un poil trop fines à mon goût) et le petit texte d’ambiance présent sur chacune d’entre elles remplit son office. Bon, je trouve juste un peu dommage que certaines cartes soient présentes en double, même si on peut justifier de prévoir 2 stops sur 2 jours différents dans une boutique de jeux de société.
Un jeu qui ne doit pas être Miso placard
Un petit mot enfin pour dire que le jeu est initialement issu d’un financement participatif, et qu’à ce titre dans les boutiques nous n’avons droit qu’à la version appauvrie, les financeurs eux pouvant faire les malins avec leurs jeux emballés dans un Furoshiki, leurs tokens dans des petits bols en céramique, un tapis néoprène, mais surtout (et beaucoup plus intéressants), deux micro-extensions, l’une ajoutant le dimanche et des cartes d’activités en dehors de Tokyo et Kyoto, l’autre un aspect asymétrique avec des petits effets pour chaque joueur… extensions qui ne sont pour l’instant pas prévues dans nos contrées.
Bref, Let’s Go ! to Japan, sans rien réinventer, n’en reste pas moins un bon petit jeu de collection de symboles très bien thématisé, qui tourne, sans trop d'interactions (d’ailleurs il se joue très bien en solo) et facile à sortir, parfait pour nos longues soirées au camping avec Gégé quand on se met à rêver grand voyage en regardant la pluie tomber sur la piste de pétanque.
Certains fans sur boardgamegeek se mettant même à hypothétiser le lancement d’une franchise façon Monopoly, mettons-nous à rêver de suites comme Lets’ Go To Pennedepie, Wimille ou Saint Michel Chef Chef.
Fiche technique :
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