Eila et l'Éclat de la Montagne
Avertissement : cet article contient quelques spoilers très très mineurs sur l’histoire. Si néanmoins vous ne voulez vraiment vraiment pas vous gâcher la moindre surprise, je vous résume l’article : ce jeu est une bombe, achetez-le, il est dispo ici.
C’est du Mozart, Eila
La montagne, belle, imposante, protectrice pour les uns, terrifiante pour d’autres, source de mythes et de fantasmes… À son sommet, un éclat mystérieux. Est-ce un nouveau glacier dû au refroidissement climatique ? Est-ce le crâne de Fabien Barthez ? L’or perdu par Bruno Le Maire ? Nul ne le sait, mais cette question fait jaser dans la vallée, et un petit lapin intrépide se décide à résoudre ce mystère bien mystérieux. Pour ce faire, Eila vivra de nombreuses aventures que vous allez pouvoir jouer dans ce jeu.
Eila et l’éclat de la montagne est un jeu sorti en 2021 (en 2023 dans nos contrées) de Jeffrey CCH, qui a désigné entre autres les Ages of (Civilization - très bon, Galaxy - moins bon) ainsi que le plus récent Inheritors. Le jeu est magnifiquement illustré par Roxy Dai (dont vous pouvez retrouver le travail ici).

Une bien belle boîte (apple for scale)
Eila, et là ?
Dans Eila et l’éclat de la montagne, vous incarnez donc ce petit lapin dans une quête pour découvrir ce qui brille au sommet de cette fameuse montagne, à travers une campagne de 7 chapitres. À l’exception des 2 premiers chapitres qui servent de tutos et qui se jouent en 10 minutes, chaque partie va se jouer entre 30 et 45 minutes (mise en place et douche comprise), chacune se déroulant dans un lieu différent sur le chemin de ce mystérieux machin brillant.
Le principe global du jeu consiste à récolter des ressources, en quantité définie par la carte objectif du chapitre, pour réussir à passer au chapitre suivant, le tout en un nombre de jours (tours de jeu) limités. Il y a 6 types de ressources dans le jeu, réparties en 2 catégories : les tangibles (carottes, pièces et pierres magiques) et les intangibles (connaissance, énergie, peur).

Une carotte du jeu (carotte for scale)
Jouer consiste à retourner des cartes du deck des événements imminents et à choisir où les placer. Dit comme ça on croirait pitcher le solitaire, mais en fait c’est vachement mieux. Sur chaque carte, vous aurez un choix à faire parmi plusieurs options, et, généralement, en fonction de votre décision la carte ira soit dans les évènements futurs, soit dans les évènements passés. Certains choix peuvent aussi débloquer d’autres cartes évènements qui iront s'ajouter au tas des cartes futures. Une fois le deck des événements imminents épuisé, vous devrez payer une énergie (ou un cœur si vous n’en avez pas). Ensuite, vous pourrez payer les ressources nécessaires pour passer au chapitre suivant. Si vous n’avez pas assez de ces ressources, préparez la nouvelle journée : mélangez le tas des cartes futures, ce sera votre nouveau deck d’évènement imminent, et roule mimine, c’est reparti pour un tour !
Vous gagnez lorsque, à la fin d’une journée, vous avez économisé les ressources demandées par la carte objectif. Vous perdez si vous n’avez pas réussi à le faire en moins de 7 jours, ou si vous perdez tout vos cœurs.

La première carte du jeu avec des flèches
pour illustrer le flow du jeu terriblement
complexe à expliquer.
Eila oublié de mettre des carottes de côté
Vous l’aurez compris, le jeu ne brille pas par la complexité de ses règles, double négation pour souligner qu’elles sont excessivement simples et très bien écrites.
L’un des aspects marquants du jeu tient dans cette mécanique de gestion de ressources, sachant que votre petit lapin n’a pas le sac à dos de Link : ici seuls 8 emplacements sont disponibles pour chaque type (les tangibles et les intangibles). Et quand vous attrapez des peurs, ce n’est pas optionnel : vous devrez défausser d’autres ressources pour les placer - et si vous n’avez déjà que des peurs, vous commencerez à perdre des cœurs à la place - sachant que vous n’en disposez que de 4 ou 5.
Ce système de gestion de ressources basé sur nos choix est terriblement efficace. Il y a des choix qu’on ne pourra pas faire par manque d’un type de ressources, mais les économiser pour le tour suivant signifie ne pas pouvoir en récupérer d’autres, car le jeu, même s’il n’est pas forcément très difficile, peut quand même être assez retors, et vous ne pourrez pas courir tous les lièvres à la fois (jeu de mot avec Eila qui est un lapin, inclure gif tadam tsouin). De plus, comme les cartes des événements imminents sont mélangées à chaque tour, vous devrez toujours avoir quelques ressources de côté histoire de parer au pire car vous ne saurez jamais à l’avance dans quel ordre les événements vont tomber.
Eila est un personnage que vous allez pouvoir builder au cours de la campagne : en débloquant des objets (dont certains seront nécessaires pour pouvoir effectuer certaines actions), en acquérant des compétences (soit des effets one-shot, soit des effets permanents, le tout activables quand vous le souhaitez), ou encore des talents (capacités spéciales qui seront, elles, des cartes évènements).
Ces ajouts supplémentaires seront nécessaires, notamment dans les phases de combat. Parce que oui, même si c’est un petit lapin tout mignon, quelquefois Eila devra se tataner avec des vilains méchants pas beaux qui puent du zboub, et autant au début Eila sera un peu à poil (littéralement) pour ces combats, autant vous pourrez finir votre campagne avec le sentiment d’avoir un lapin chevalier niveau 32. MAIS (en capital car important), vous pourrez aussi essayer de faire la campagne sans combat, au courage et à la fuite, ou tout en amour pour son prochain, c’est vous qui voyez.

Là comme ça on dirait pas, mais vous voyez ici
des bonus incroyables que vous allez pouvoir
débloquer au cours de la campagne.
Je le disais un peu plus haut, le jeu n’est pas incroyablement difficile une fois pigé le système, mais n’est pas rébarbatif pour autant. Il existe d’autres jeux basés sur des systèmes de gestion de ressources et de combat qui s’avèrent un peu lourds à la longue (coucou Tainted Grail). Le “truc” en plus ici, c’est que chaque chapitre ajoute un petit twist, une règle ou une mécanique supplémentaire, toujours bienvenue et hyper thématique. Mais si vraiment vous voulez de la difficulté, chaque carte objectif a un côté difficile, avec souvent de la vie en moins et des besoins de ressources en plus.
Eila c’est le drame
L’autre aspect marquant du jeu est son histoire. Chaque chapitre s’ouvrira et se fermera par la lecture d’une petite bande dessinée, et certains chapitres vous offriront différentes fins possibles, ce qui permet de pouvoir parler rejouabilité. Car la campagne est plutôt courte, en une après-midi bien tassée c’est plié. Mais croyez-moi vous y reviendrez, par simple plaisir du jeu ou par envie de poncer toutes les fins et tous les builds possibles, mais vous y reviendrez. Ceci dit en passant, le jeu sera encore plus jouissif si comme moi vous avez une mémoire en bois et qu’au bout de 2 mois vous avez déjà tout oublié de l’histoire.
Une histoire qui d’ailleurs est assez mature, si l’envie vous prenait à la vision d’un style graphique tout mignon d’y jouer avec votre petite dernière de 5 ans, un conseil : DON’T. Au fur et à mesure le jeu offrira des choix qui iront bien plus loin que “je vends une carotte ou j’en achète ?”, et qui seront de vrais déchirements. Eila va se construire une histoire, un vécu, se fera des amis, en perdra d’autres, et cette petite rando pépouze en montagne va se transformer en voyage initiatique. D’ailleurs les différentes fins plairont à certains, ne plairont pas à d’autres, voire en laisseront certains sur le carreau. Moi elles m’ont touchées, mais parce que j’ai été plus sensible à l’histoire qu’aux mécaniques, que voulez-vous je suis un émotif.
D’ailleurs j’ai joué à ce jeu en solo, je ne sais pas si l’aventure peut se vivre à plusieurs, je suis toujours très sceptique sur les jeux solos joués en tandem, pour moi il y a toujours un effet leader, et sur un jeu hyper thématique comme celui-ci j’ai peur que l’un veuille découvrir l’histoire tandis que l’autre veuille juste accomplir les objectifs, enfin ce n’est que mon avis n’hésitez pas à me répondre en commentaire et n’oubliez pas de liker et de me suivre c’est pour le référencement.
Un dernier mot sur le matériel : j’ai été très surpris par la taille de la boîte pour un jeu de cartes, clairement les cartes sont grandes et la place belle est faite aux illustrations. De mon point de vue c’est une super idée, ça permet de vraiment s’immerger dans cette histoire. Les cartes sont belles, solides, tout a été pensé pour le rangement dans la boîte et la sauvegarde entre chaque chapitre. Comme je suis un peu maniaque et qu’on mélange très souvent les cartes, j’ai quand même tout sleevé (et ça rentre toujours dans la boîte).

Un bien bel intérieur tout bien rangé comme il faut,
les maniaques n’ont qu’à bien se tenir !
Chante à cape, Eila
Je n’aurais qu’un seul reproche : le jeu est diablement trop court, deux ou trois chapitres de plus n’auraient clairement pas été du luxe - même s’il aurait alors fallu lisser la montée en compétences de notre petit lapin.
Mais si vous cherchez un jeu léger mécaniquement et assez profond thématiquement, qui se joue rapidement et avec un fort goût de reviens-y à chaque partie terminée, ne cherchez pas plus loin : Eila et l’éclat de la montagne est fait pour vous !
Fiche technique :
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