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Une splendide illustration de Spirit Island

Spirit Island est-il le meilleur jeu de société existant ?

Sommaire

Survolant paisiblement votre plage de sable fin, vous observez un groupe de jeunes Dahans s’amuser près des cocotiers. Ce peuple autochtone, qui foule avec respect ces terres depuis des siècles, fait maintenant partie intégrante de votre île. Mais un incident vient interrompre ce spectacle familier : vous apercevez des silhouettes à l’horizon. Majestueuses structures de bois, elles flottent en formation sur l’océan et se dirigent vers vous.

Ce synopsis présage une longue et féroce bataille pour votre survie et celle de vos terres, face à une horde de colons déterminés à prendre possession des lieux. Heureusement, la providence vous a doté, cher esprit protecteur, de pouvoirs pour vous défendre. Et elle nous offre, à nous joueurs, l’un des meilleurs jeux de société existants.

C’est avec un grand enthousiasme que je m’attelle à la rédaction de cet article, tant Spirit Island représente pour moi la quintessence du jeu de société. Difficile à classer, on peut le présenter comme un jeu de stratégie coopératif (ou solo) modulaire et complexe, imbriquant deck-building, contrôle de territoire, décisions cruciales et calculs savants. Mais ce qui est certain, c’est que Spirit Island est un titre d’une richesse incroyable, profond et extrêmement rejouable.

Spirit Island 1

Vue panoramique sur une partie à six !

 

Défi insurmontable en vue !

Afin de retrouver la quiétude de votre habitat, deux solutions s’offrent à vous : détruire l’envahisseur ou l’effrayer suffisamment pour le faire fuir.

Ce dernier, loin d’être passif, se développe de façon exponentielle et avant de viser la victoire, il faut dans un premier temps essayer de ne pas perdre ! Trois risques sont à surveiller, avec comme principale menace la désolation de l’île, produit du ravage incessant perpétré par cet intrus ambitieux.

Ainsi commence un intense défi cognitif, une quête d’optimisation de notre propre évolution à mener tout en tentant de ralentir le rouleau compresseur ennemi. Il s’agit de gagner le temps nécessaire à faire croître notre puissance, que l’on déversera ensuite via des combos, synergies et pouvoirs majeurs qui inverseront le rapport de forces en notre faveur.

Une des grandes réussites de Spirit Island : son incroyable capacité à faire croire aux joueurs que le défi est insurmontable, jusqu’au moment jubilatoire où tout bascule.

Spirit Island 2

Votre espace de jeu.

 

La somme de toutes les Peurs

Quelle que soit votre approche, votre victoire dépendra de la mécanique centrale appelée peur.

Composée d’une pioche aléatoire d’une dizaine de cartes divisées par deux séparateurs, son rôle est double : déterminer le niveau de terreur actuel et provoquer des effets néfastes chez l’envahisseur.

En générant de la peur via des pouvoirs ou par la destruction d’ennemis, les joueurs vont gagner les cartes de la pioche associée et débloquer, à chaque nouveau séparateur atteint, un niveau supplémentaire de terreur. Ceux qui visent une victoire par élimination bénéficieront d’allègement des conditions de victoire à chaque niveau, ceux qui cherchent à vaincre par la peur auront simplement à vider la pioche pour débloquer un palier virtuel octroyant immédiatement la victoire.

Les cartes gagnées, mises de côté, seront activées avant la prochaine phase des envahisseurs. Dotées d’une puissance définie par le niveau de terreur actuel, elles sont une aide anecdotique en début de jeu, mais deviennent plus tard de redoutables alliées capable de mettre sur le champ un terme à la partie.

Spirit Island 3

Le système de peur.

 

Des envahisseurs méthodiques

Venus d’Europe pour coloniser votre île, les envahisseurs sont contrôlés par le système de jeu et procèdent selon un schéma simple et précis, répété chaque tour jusqu’à la fin de la partie : Explorer, Construire, Ravager.

L’étape d’exploration représente la phase d’expansion géographique de l’envahisseur. À chaque tour une carte est tirée, indiquant sur son verso le ou les types de régions que le système envahit. Si la carte indique le terrain « désert », le joueur place un explorateur sur toutes les régions « désert » de l’île, à condition cependant que la région soit adjacente à une ville ou à l’océan.

Il y construira le tour suivant, dans chacune de ces régions et à condition d’y être toujours présent, une ville (village ou cité, selon le niveau de développement de la région).

Le cycle se termine le tour d’après avec l’étape de Ravage, où l’envahisseur endommagera les mêmes régions au risque de les transformer en zones désolées, principal facteur de défaite. En effet, chaque ravage réussi provoque, outre la destruction de votre présence dans la région (entravant de ce fait vos capacités), l’ajout d’un à plusieurs jetons désolation. Avec un capital moyen de 2 jetons par joueur avant de passer en phase de sursis (appelée ici « île désolée »), il est primordial d’empêcher les ravages à travers des actions de prévention ou de défense.

Si la phase d’exploration présente un degré léger d’aléa, les deux autres sont quant à elles totalement prévisibles et font de Spirit Island un jeu hautement calculatoire.

Parfois comparé aux échecs, il laisse effectivement peu de place au hasard et requiert de correctement visualiser l’état du plateau, très dynamique, plusieurs tours dans le futur pour établir des stratégies efficaces.

Il est maintenant temps de vous annoncer un dernier détail… si ces 3 phases évoluent bien dans cet ordre, elles se déroulent pendant le tour en sens inverse avec d’abord l’étape de Ravage, puis celle de Construction, pour finir par celle d’Exploration.

Spirit Island 4

Ce tour ci, les envahisseurs ont ravagé les déserts,
construit dans les montagnes, puis exploré les fanges.
Au tour suivant, ils ravageront les montagnes, construiront
dans les fanges et exploreront de nouvelles zones.

 

Combattant un ennemi qui avance inexorablement sur 3 fronts à la fois, le joueur jongle en permanence avec les priorités. Tuer un explorateur dans une fange pour empêcher son développement ? Défendre une région cible des ravages de ce tour ? Préparer pour le tour suivant une contre-attaque en déplaçant les Dahans vers une montagne ? Tout ceci bien sûr, en gérant en parallèle sa propre croissance.

 

Un esprit à votre image

Avant de penser évolution, il faut d’abord vous trouver une identité, un style, et là encore Spirit Island ne déçoit pas. Proposant 8 esprits dans le jeu de base et près de 40 en comptant le contenu additionnel, on peut saluer ici le niveau remarquable d’ingéniosité des concepteurs, qui ont réussi à sortir autant d’esprits uniques et réellement différents à jouer les uns des autres. De complexité variable, ils nous font aborder le jeu sous des angles différents, offrant au titre une rejouabilité colossale et un intérêt sans cesse renouvelé. Pan du jeu à part entière, chaque esprit se développe ouvertement et demandera plusieurs parties pour être maîtrisé. Une vraie nébuleuse !

Lors du choix de votre esprit, plusieurs caractéristiques sont à étudier :

• Ses options de croissance, servant grosso modo à développer votre présence sur le plateau (points de références pour lancer vos pouvoirs), augmenter vos statistiques et gérer votre main de cartes.
• Le niveau d’énergie, utilisé pour jouer les cartes pouvoirs
• Le nombre maximum de cartes  jouables par tour.
• Ses pouvoirs et ses règles uniques.
• Les éléments qui le représentent et permettent d’activer les pouvoirs innés. Contrairement à l’énergie, générée à chaque tour, les éléments sont gagnés en jouant des cartes pouvoirs et sont éphémères.
• Son ou ses styles dominants. Attaque, défense, peur, contrôle du territoire, support…
• Les synergies possibles entre les esprits. Complexe et intéressant puzzle que l’on omet au début, mais qui deviendra nécessaire avec l'augmentation de la difficulté.

Spirit Island 5

Un esprit simple.


Au vu du nombre de concepts à appréhender, il est fortement recommandé de débuter avec les esprits les plus simples, comme celui ci-dessus, avant de se lancer avec des esprits complexes (ci-dessous). Ils sont intéressants à jouer et aussi puissants que les autres, mais font moins appel aux concepts de jeu avancés et aux règles d’exception.

Spirit Island 6

Un esprit bien plus complexe.

 

3 phases de jeu et un large éventail d’actions

Comme la phase des envahisseurs, celles de joueurs elle aussi se divise en 3 étapes. La première, celle de la croissance, initie chaque tour et consiste à faire évoluer son esprit, se recharger en énergie ou encore renouveler et étoffer sa main de cartes via une mécanique de draft.

Les deux autres sont moins intuitives. Dans Spirit Island, tous les pouvoirs ont une vitesse d’exécution définie. Les pouvoirs rapides seront obligatoirement joués avant la phase des envahisseurs, facile, et les pouvoirs lents seront quant à eux activés après et requièrent un petit exercice de visualisation et de calcul. Malgré la différence de tempo, l’ensemble des cartes jouées ce tour est décidé avant la phase rapide, afin de former un « pool » d’éléments qui permettront d’utiliser les pouvoirs innés (eux aussi lents ou rapides). Bien que peu complexe sur le papier, cette mécanique initialement déroutante ajoute une dimension supplémentaire à la couche stratégique et prend tout son sens une fois le système apprivoisé.

Après la résolution des pouvoirs lents vient le passage du temps, transition vers le prochain tour qui soigne les ennemis et Dahans endommagés. Sauf cas particulier, il convient donc d’endommager une unité pour l’éliminer durant le même tour, autrement vous aurez gaspillé vos ressources.

Spirit Island 7

Les colons à l’œuvre et votre réponse.

Disponibles par centaines, les pouvoirs peuvent cibler une région ou un esprit et permettent d’influer sur la partie grâce une liste non exhaustive d’actions, dont les principales sont :

• Déplacer un envahisseur ou un Dahan (Repousser vers, Rassembler depuis…)
• Générer X dégâts ou X peur
• Ajouter X points de défense à une région
• Déplacer nos présences
• Actions diverses de support pour soi-même ou les autres joueurs
• Ajouter des jetons bête sauvage, ronces, maladie, discorde, terre hostile (concept venu avec les extensions, ajoutant complexité et dynamisme au terrain de jeu)

  . 
La profondeur stratégique est tout simplement exceptionnelle. En utilisant des principes simples, mais laissant libre court à votre imagination, le processus de réflexion reste engageant et offre toujours de multiples solutions. Et quelle satisfaction de voir un plan efficient se dérouler ! Mention particulière pour les enchaînements dévastateurs de fin de partie, capables d’éradiquer la moitié du plateau.


Spirit Island 08

Exemple de cartes pouvoirs, avec sur leur bande
gauche le coût en énergie puis les éléments gagnés.
Au milieu, sous l’image, on aperçoit respectivement
la vitesse d’exécution, la portée depuis une présence,
et la cible du pouvoir.

 

S’il ne fait aucun doute que Spirit Island est un titre hautement complexe et intimidant, je tiens à vous rassurer lecteur, il est étonnamment fluide à jouer et rapidem à prendre en main. Aidé par un livret de règles à la clarté exemplaire, le joueur apprend progressivement chaque concept et n’aura presque plus besoin de support après sa première session. La richesse de Spirit Island vient non pas d’un livret de règles interminable, mais bien des possibilités offertes à partir de concepts simples.

Prévoyez tout de même une poignée de parties pour réellement être à l’aise et accrocher au titre, les premières n’étant pas déplaisantes, mais trop cérébrales - le temps d’enregistrer toutes les mécaniques - pour être pleinement appréciées. Ceci dit, si cette étape d’initiation ne vous effraie pas, elle vous ouvre les portes de centaines de parties absolument passionnantes.

Son côté limpide est un point appréciable pour les joueurs alternant régulièrement les jeux, car Spirit Island, contrairement à de nombreux titres pourtant moins complexes, ne demande pas de relecture du livret pour s'y replonger. Un vrai chausson ludique dans lequel on se sent toujours bien.

 

Une modularité à toute épreuve et un contenu gargantuesque

Spirit Island fonctionne sur une base où la quasi-totalité des éléments et paramètres sont modulables et/ou aléatoires.

Plateaux de jeu différents, pioches surdimensionnées pour éviter toute prévisibilité, quantité effrayante d’esprits… les concepteurs se sont fixé l’objectif de réaliser un jeu rejouable à l’infini et sont donc allés chercher plus loin encore.

À l’instar des esprits, les envahisseurs ont eux aussi droit à de la variété. Appelés adversaires, ils troquent leur statut neutre pour une nationalité (Brandebourg Prusse, Écosse, Russie, France…), complexifiant ainsi leur fonctionnement à travers plusieurs niveaux de difficulté, ajoutant leurs propres règles et modifiant l’approche nécessaire pour les vaincre. Si cela ne suffisait pas, il est ensuite possible de fusionner plusieurs adversaires pour toujours plus de nouveauté et de défis.

Faisant contraste avec le déterminisme du titre, les évènements sont un concept venu avec les extensions, ajoutant divers aléas à chaque tour. Généralement peu appréciés par les nouveaux joueurs, les évènements apportent avec leur lot d’incertitudes de la vie à la partie et un dynamisme intéressant qui finit par de rendre indispensable après quelques parties d’acclimatation.

Enfin, plusieurs scénarios sont disponibles, modifiant drastiquement le système de jeu, les objectifs à atteindre, et eux aussi compatibles avec les adversaires.

Spirit Island 09

     Modularité du jeu de base avec l’extension Terre Fracturée

Si la boîte de base de Spirit Island est en mesure d’offrir près d’un million de configurations et des centaines d’heures de jeu, plusieurs extensions ont vu le jour et décuplent vertigineusement les combinaisons possibles. Pour peu que vous adhériez au concept, elles valent toutes le coup à la fois sur le plan quantitatif comme qualitatif. Notre préférence ira à Terre Fracturée, qui ajoute les concepts de l’extension précédente et inonde le joueur d’esprits et contenu. Difficile à croire, mais pourtant vrai, ce système en kit étoffé au fil des années fonctionne à la perfection.

 

Une pépite, seul comme à plusieurs

Les jeux de coopération souffrent parfois du syndrome du joueur Alpha, où l’un des participants s’impose dans le processus de réflexion au point de marginaliser les autres. Avec la quantité d’informations à traiter, Spirit Island n’est pas concerné par ce défaut. Les joueurs agissent simultanément et non chacun leur tour, concentrés à la fois sur leur propre évolution et la sécurisation de leur secteur, avant de s’aventurer progressivement sur le plateau des autres afin de s’entraider ou fusionner leurs actions. Il est tout simplement impossible pour un joueur de traiter seul le vaste champ de possibilités face à lui ou de dicter l’évolution de chacun.

Malgré cette sectorisation du début de partie, la communication reste cependant essentielle dès les premiers tours, avec une analyse collective du plateau pour déterminer les priorités, le plan d’action et les éventuelles synergies déjà applicables. Le résultat est proche de la perfection : absorbés par le rythme maîtrisé du système, les joueurs sont pleinement engagés, les idées fusent, les synergies se mettent en place… je n’ai pour ma part pas trouvé mieux à ce jour, ni même de titre qui s’en approche.

En revanche, de par sa nature de sérieux casse-tête multi-dimensionnel, Spirit Island est un jeu long, avec un temps moyen d’une heure par esprit ou joueur autour de la table. En groupe, et pour peu qu’un joueur soit lent dans sa prise de décisions, la partie peut vite virer au défi d’endurance. Jouable jusqu’à 6 avec l’extension Terre Fracturée, je ne recommande pas de jouer à plus de 3 ou 4 joueurs sans maîtrise préalable du jeu.


Spirit Island 10

Début de partie à 3 joueurs, format idéal pour
des parties grandioses et pas trop longues

Quant au solo, le jeu s’y prête totalement, avec un seul esprit en main ou deux si vous supportez la charge mentale supplémentaire. Si l’on perd en solo le format épique des parties à plusieurs, on y gagne sur la durée de jeu et sur la fatigue mentale générée. Spirit Island est rapidement devenu mon jeu solo favori.


Spirit Island 11

Un début de partie en solitaire

 

Un classique

Il est difficile de décrire en détail ce jeu en un seul article sans virer dans l’indigestion tant il regorge de concepts et de profondeur. J’espère avoir réussi à travers ces lignes à capturer l’essence de Spirit Island et présenté ce qui fait de lui un monument du jeu de société. Certains joueurs lui reprocheront un final parfois abrupt, Spirit Island privilégie en effet le voyage à la destination, mais cette zone d’ombre est loin d’assombrir ce tableau éclatant.

Les ruptures de stock incessantes et la sortie prochaine de Nature Incarnate, la dernière extension, semblent indiquer un succès commercial, mais il reste à ma grande surprise encore méconnu de nombreux joueurs passionnés. Amis joueurs, avertis et experts, si vous ne connaissez pas ce chef d’œuvre, sachez qu’un réassort du jeu et des extensions est prévu pour mars 2024. Amis joueurs, foncez, passez le cap des premières parties et appréciez la grandeur de ce formidable titre qu’est Spirit Island, il deviendra l'un des piliers de votre ludothèque et ce pour très, très longtemps.

 

Fiche technique

Auteur : R. Eric Reuss
Éditeur : Intrafin
Pour 1 à 4 joueurs (6 par extension), de 13 ans et plus
Durée usuelle d'une partie : de 90 à 120 min





Max

Passionné par l’univers des wargames et jeux de stratégie, j'étais initialement un joueur sur PC mais j'apprécie de plus en plus l’élégance et le côté tactile du jeu sur table, qui occupe désormais la majorité de mon temps de jeu.

Jeu PC favori : Combat Mission

Jeu de société favori : Spirit Island